Spirit of Métal 28 Janvier 2020

Lien de la chronique : https://www.spirit-of-metal.com/fr/album/Secretum_Secretorum/381306

Une délicate et vibrante offrande octroyée par la formation francilienne…

Portée par une encourageante démo éponyme sortie en 2015 et une série de concerts une année plus tard, le formation française se lancera dans la création de son premier album studio, et ce, dès 2017. Une étape cruciale, s’il en est, dans l’évolution du projet du combo, marquée notamment par le départ de tous ses musiciens. Seuls à bord du navire, l’actuelle frontwoman Laure Ali-Khodja et le compositeur/bassiste/programmeur et fondateur du groupe Emmanuel Panneton, loin de s’être déstabilisés, en ont précisément fait un point de force. Un laps de temps relativement long durant lequel le duo explorera de nouveaux horizons dont leurs futures compositions se nourriront, leur conférant une saveur particulière, à quelques lieues de leurs premiers émois…

Mais nos acolytes ne resteront pas en vase clos bien longtemps. En effet, durant la phase d’enregistrement de « Secretum Secretorum », le présent album, se joindra au projet le batteur Axel Thomas. Avec la participation, pour l’occasion, de l’expérimenté guitariste Anthony Parker (ex-Fairyland, ex-Heavenly, ex-Fantasia) et de Constance Amelane (Attraction Theory) aux choeurs. Enregistrées et mixées au MII Recording Studio par l’ingénieur du son et guitariste additionnel Didier Chesneau (Attraction Theory, Headline, ex-Akentra), les huit pistes de la galette offrent une belle profondeur de champ acoustique tout en assurant une péréquation de l’espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. Signe qu’il souhaite désormais en découdre plus ardemment avec ses homologues, le combo signera par là même son premier contrat avec le puissant label belge Valkyrie Rising. Mais montons plutôt à bord de l’escadron, en quête de quelques enchanteresses contrées…

Si le collectif officie toujours dans un registre metal mélodico-symphonique progressif à la fois vivifiant, pétri d’élégance, un brin romantique, où l’empreinte de Nightwish et consorts n’est jamais bien loin, d’inédites sonorités seront loin de manquer à l’appel. Un vivifiant riffing et une section rythmique à la mécanique bien huilée et au tempo précis sont à nouveau à l’honneur. S’ajoutent une technicité instrumentale plus aguerrie, une diversification atmosphérique vierge de toute incursion, des arrangements plus affûtés aujourd’hui qu’hier, et des choeurs plus présents, enveloppants, contribuant à densifier le corps oratoire de leur présence.

La traversée s’ouvre sur une brève, symphonico-progressive et cinématique entame instrumentale, coutumière du fait dans cet espace metal. Ce faisant, sur fond de délicats et intrigants arpèges au piano, sous-tendu par d’enveloppantes et ondoyantes nappes synthétiques, faisant graduellement résonner ses tambours, le ”nightwishien” « The Chamber of Secrets » ouvre peu à peu ses ailes, préfigurant une œuvre aux arrangements de bonne facture et fortement chargée en émotion…

C’est le plus souvent sur une cadence effrénée que nous mènent nos acolytes, trouvant alors la formule magique pour nous retenir plus que de raison. Ainsi, tant les riffs épais que les insoupçonnées et grisantes variations rythmiques dont se pare le ”delainien” up tempo « So Human » sont autant d’armes efficaces susceptibles de nous rallier à sa cause. Dans cette tourmente, les limpides inflexions de la belle se voient renforcées par une muraille de choeurs dont personne ne songerait à enrayer la marche. Et ce ne sont ni le flamboyant solo de guitare, ni le sémillant refrain, ni les multiples effets de surprises inscrits dans ses gênes qui nous débouteront de ce hit en puissance, loin s’en faut. Dans cette mouvance, s’inscrit le pimpant et enjoué « Angel », une tubesque offrande aux enchaînements intra-piste ultra sécurisés, jouissant d’un vibrant legato à la lead guitare, calée sur un riffing en tirs en rafale et une basse résolument vrombissante. Mis en habits de lumière par les fluides modulations d’une sirène bien habitée, le troublant et ”xandrien” manifeste ne ratera pas davantage sa cible…

Dans cette énergie, comme pour nous signifier qu’ils n’ont nullement tourné le dos à leur passé, nos compères nous livrent deux pistes empruntées à leur démo. Aussi, redécouvre-t-on, d’une part, « Inferno », frondeur et ”delainien” effort où des perles de pluie au piano se déversent avant qu’une frétillante rythmique ne prenne le relais. Là encore, on ne reste pas insensible à la luminosité mélodique des refrains, mis en exergue par les impulsions vocales de la mezzo-soprano. D’autre part, le mid tempo heavy symphonique « One Day » densifie en le magnifiant l’espace rythmique. Mais aussi, cette piste au tracé mélodique finement élaboré nous invite à suivre les pérégrinations de la belle sur les couplets comme sur les refrains, qu’elle se plaît à caresser de ses angéliques patines. Aussi, à la manière de Xiphea, l’empreinte de chaque portée contenue dans la partition s’inscrit prestement dans la mémoire. Enfin, un fringant solo de guitare parachève l’enrichissement de ce tableau musical déjà haut en couleurs par un toucher à l’expert délié. Cette luminescente piste à l’allure d’un hit dans sa structure ne manquera pas sa cible, celle de nos émotions. Chapeau bas.

Lorsqu’il nous plonge au cœur de vastes espaces symphonico-progressifs, le combo donne la pleine mesure de son talent, nous conviant dès lors à d’ensorcelantes séries de notes doublées de saisissants effets de contraste rythmique. Aussi, au fur et à mesure de sa féline progression, le mid tempo progressif « The Other » nous livre un spectacle aux multiples rebondissements, gagnant alors en densité orchestrale ce qu’il ne perd ni en richesse de composition ni en élégance. Rivées sur une infiltrante sente mélodique et recelant un galvanisant solo de guitare, les 8:26 minutes de la fresque laissent parallèlement entrevoir de troublantes envolées lyriques, la déesse parvenant alors à toucher du doigt les notes les plus haut perchées. On retiendra, d’autre part, « Broken Wings », frondeur méfait power mélodico-symphonique déjà présent sur leur démo, apparaissant ici sous un autre jour. Dans sa trame, s’insèrent de subtiles gammes au piano auxquelles s’adjoignent les célestes ondulations de la belle, ces dernières magnifiant de leur flux magnétique couplets finement ciselés et refrains catchy. Si le premier break en piano/voix s’avère apte à procurer quelques frissons, c’est surtout la reprise sur le second break qui remportera la palme. Dans la veine d’Ancient Bards, c’est alors dans un torrent de lave que nous mène l’inspiré collectif. Suite à un éblouissant solo de guitare, la cadence s’accélère d’un cran, le léger vibrato de la belle venant dès lors câliner le tympan le long de ce refrain que l’on ne quittera qu’à regret. Sans doute l’une des pépites de l’opus.

Dans une même visée progressive, la troupe nous offre une pièce en actes de la démesure, une réelle prouesse ayant pour corollaire une indéfectible ferveur et une finesse de composition que pourraient lui envier nombre de ses homologues. Aussi, les quelque 12:54 minutes de l’opératique et ”nightwishien” « Dark Virgin » glissent avec célérité dans nos tympans alanguis. Surmonté de choeurs aux abois et de screams glaçants venant alors seconder les touchantes inflexions de la maîtresse de cérémonie, le corps oratoire s’épaissit, nous enivrant alors au point de magnétiser le tympan au fur et à mesure de notre progression. Réservant moult effets de surprise tout en diversifiant à l’envi ses atmosphères, et en dépit de la complexité de sa technicité instrumentale, le dantesque manifeste jamais ne s’écarte de son délectable sillon mélodique. Une orgiaque et prégnante offrande qui, assurément, aura raison des plus tenaces des résistances…

A l’issue de notre parcours, on éprouve le désir d’y revenir aussitôt l’ultime mesure envolée. Impression déjà insufflée par la précédente offrande mais qui, cette fois, se double d’un sentiment de plénitude. C’est dire que le groupe francilien signe une œuvre à la fois charismatique, des plus troublantes, volontiers pulsionnelle, témoignant d’un potentiel technique plus affirmé que naguère et d’une qualité de production aujourd’hui difficile à prendre en défaut. Diversifié sur les plans rythmique, atmosphérique et vocal, le luxuriant et sensible opus équilibre judicieusement les forces tout en délivrant une charge émotionnelle insoupçonnée.

Si le concept demeure classique et si les prises de risques restent encore bien timides, tant les subtiles et grisantes lignes mélodiques que les arrangements instrumentaux dispensés et les sensuelles volutes de la frontwoman magnétiseront plus d’un pavillon déjà sensibilisé aux travaux de leurs maîtres inspirateurs. Plus encore, le combo a considérablement étoffé ses compositions de portées encore peu éprouvées, y insérant de nouvelles sonorités susceptibles de nous retenir d’un battement de cils. Quelque cinq années suite à une engageante démo, il semble que l’inspiré collectif soit désormais entré dans une tout autre dimension, cette livraison faisant de lui un outsider avec lequel il faudra dorénavant compter. Bref, une formation à suivre de près, de très près…